Leçons de vie
Je l'avais vu sur scène, il y a de cela près
d'un an. C'était à la Boule Noire, en première
partie d'un autre groupe, tous originaires de Bordeaux. Bien qu'étant
venue pour les seconds, c'était pourtant Kim qui m'avait
le plus captivée, pour ne pas dire émue. Dans la salle
d'abord où, habillé tout en blanc, il se déplaçait
avec difficulté, aidé de béquilles. Et puis
sur scène ensuite, où sa prestation m'avait laissée
sans voix. C'était beau, tout simplement. Et le voilà
qui revenait à Paris. L'occasion ou jamais d'en savoir un
peu plus sur cet artiste accompli, pourtant encore peu connu aux
yeux du grand public.
Nous nous étions donnés rendez-vous
devant l'Olympia. A peine arrivée, la première chose
qui avait retenu mon attention avait été de voir son
nom en grand, et en rouge sur la façade du prestigieux bâtiment.
Heureusement, il ne fait pas froid ce jour là, et c'est installée
au soleil que je l'attends. Je suis nerveuse. Pour l'avoir déjà
vu, je sais le personnage particulièrement intelligent et
sensible. Du moins c'est comme ça que je me l'imagine. Les
minutes passent, et il ne vient pas. Perdue dans mes réflexions,
je lève les yeux, je le vois qui arrive enfin, accompagné
d'un ami sans doute, sac de voyage et guitares à la main.
Il est très nerveux, ça se voit. En tout cas ça
se ressent très fort. Après nous être salués,
nous entrons avec pour idée d'y laisser ses affaires, et
d'aller ensuite nous installer dans un café pour notre interview.
Mais après avoir vu sa loge, nous changeons vite d'avis.
C'est calme, et peut-être pas luxueux, mais sympathique en
tout cas. Quelques bougies, un peu d'encens, et nous voilà
partis....
Qu'as-tu ressenti en voyant ton nom sur la
façade de l'Olympia ?
Quand je suis arrivé et que j'ai vu ça,
d'abord j'étais content, parce que j'étais pas sûr
qu'il y aurait le nom, parce que ça coûte cher quand
même, il faut les louer les lettres, mais moi j'en ai pas
beaucoup. Mais connaissant Dyonisos, je savais qu'ils allaient quand
même faire en sorte que ça y soit, et puis c'est vrai
qu'il est pas très long mon nom... Je comprends pas encore
tout ce que ça fait, en plus j'ai pas encore joué,
hier soir j'ai pris un bide....
Pour quelle raison ? C'était quel type de salle ?
C'était une boîte de nuit, réhabilitée en lieu pour les concerts ; j'ai extrêmement mal joué, donc déjà c'est un début.
Tu étais nerveux ?
Ouais, c'est pour ça que je suis venu hier
d'ailleurs, parce que je savais que si je venais direct faire le
concert et partir, un mardi en plus - je fais plutôt des concerts
à partir du jeudi soir ... Alors je me suis dit que j'allais
venir la veille quand même, ça me fait le trajet en
moins. Ce matin j'ai pu faire la grasse matinée chez un pote.
Parce que là c'est quand même l'Olympia, je peux pas
juste venir faire une date et repartir. C'est pour ça que
j'ai fait la date d'hier, et puis j'ai mal joué. Il y avait
peu de gens, les dernières dates que j'ai faites, c'était
toujours plus ou moins Dyonisos, donc il y avait beaucoup de gens.
Du coup j'ai vraiment joué comme si j'étais sur une
grande scène, et c'est pas du tout passé. A l'inverse
par contre, le côté intimiste sur une grande scène
passe mieux je crois, que le côté un peu trop vouloir
trop en faire sur une petite scène, c'est vraiment ridicule.
J'ai super mal joué et puis voilà. Et puis c'était
un public de connaisseurs très pointus comme il peut y en
avoir, en province parfois, mais à Paris surtout. Quand j'ai
joué à Paris, j'ai remarqué que le public était
simplement hyper connaisseur, et donc forcément, au bout
d'un moment, on perd un peu de candeur en tant que spectateur à
voir trop de concerts. C'est d'ailleurs pour ça que j'y vais
plus moi aux concerts, j'en ai trop vu, et je prends plus assez
de plaisir. Maintenant je fais comme les enfants, je vais tous les
ans aux concerts, ça devient un événement et
là j'ai la patate. L'écoute que j'ai en tant que spectateur
est beaucoup plus positive, en plus d'être surpris, je suis
content d'être là, c'est gagné d'avance, donc
ça met de bonnes énergies. Ce n'est plus le cas quand
il y a trop de connaisseurs, au bout d'un moment ils viennent juste
regarder. C'est pour l'intellect plus que pour l'affect, et ça,
ça m'intéresse plus du tout. En tout cas, en tant
que spectateur, j'essaye de ne plus le faire. Après je ne
peux pas refuser des gens en concert « excuse-moi, t'as
vu trop de concerts, tu viens pas au mien », mais si
je pouvais, je le ferai, franchement. Pour privilégier ceux
qui n'en voient pas souvent.
Parle-moi de ton dernier album... Pourquoi « Kim is dead » ?
Parce que j'avais 27 ans quand il est sorti...
En fait il y a plusieurs raisons, c'est mon 13è album, j'avais
27 ans, et il était prévu qu'il sorte en juin. Alors
c'est vraiment du fanatisme débile et du fétichisme,
mais je me suis dit juin c'est le 6, et même si je suis pas
chrétien, c'est le signe de l'antéchrist, j'ai 27
ans, c'est mon 13è disque, c'est la merde là. En même
temps, je ne pouvais pas directement passer au 14è... Donc
je savais pas trop comment faire. Le label me dit-on le sort en
juin, alors je me suis dit, « ben il va s'appeler Kim
is dead, d'ici là que je meure » et j'ai eu très
peur, parce que tu m'as vu au moment où il était fini,
et ou la pré-promo commençait, ou d'ailleurs il était
sûrement déjà au pressage, puisque quand tu
m'as vu à la Boule Noire on était en avril. Et en
fait, j'ai eu un gros coup de stress parce que je me suis retrouvé
à l'hôpital la veille, et là je me suis dit,
je vais mourir en fait, pour de vrai, parce qu'avec un titre pareil...
Et donc je l'ai appelé is dead, parce qu'à
27 ans y'a pas mal de monde qui est mort... Jimmy Hendrix ,
Janis Joplin, enfin il me semble, en tout cas Kurt Cobain etc. ...
Et donc je me suis dit que ce serait marrant de l'appeler comme
ça, enfin voilà. Et en plus c'est un drôle de
truc, c'est une commande d'un label qui m'a dit, je voudrais tous
tes morceaux qui sont les mieux, alors les mieux, c'est pas facile
à dire, mais bon, et donc j'avais décidé de
ne pas faire une compile, mais de tout réenregistrer, c'est
écrit dessus d'ailleurs, réenregistré avec
plein de potes. Et donc je me suis dit, c'est super prémonitoire,
c'est hallucinant. Et puis après on a rigolé avec
ça, j'ai dit tiens, y'a peut-être moyen qu'il y ait
des nécrologies plutôt que des articles. D'ailleurs,
il y a une nécrologie qui est sortie disant que j'étais
mort etc., pour voir si ça leur faisait vendre plus de disques...
Mais ça a inquiété quelques personnes, j'ai
reçu des coups de fils... et puis c'est macabre j'aime bien,
sur la pochette je suis mort et tout. Donc j'ai vu ma nécrologie,
ça y'est. Encore un truc que j'ai pu vivre.
Tu as monté ton propre label...
Exactement, il y a longtemps mklabel ...
mk voulant dire Marie et Kim, parle-moi un peu de ça
J'ai d'abord commencé à faire des chansons en duo, mais c'était il y a tellement longtemps que maintenant j'en parle plus, de toute façon ça n'intéresse pas grand monde, et à cette époque, c'est pas moi qui faisais les paroles, c'était la fille en question, et c'est elle qui chantait d'ailleurs. Et donc, quand j'avais une musique et qu'il n'y avait pas encore les paroles, je mettais mk, et le chiffre après. Quand plus tard j'ai décidé de continuer en solo, je me suis dit tiens, je vais garder mk et puis les chiffres. Donc il y a des morceaux qui s'appellent mk quelque chose, il y en a autant sur ce disque que sur l'autre tu vois, y'en a souvent, ça arrive que quand j'ai pas de titre, des fois je garde. Ça me fait marrer de dire qu'il est resté un peu à l'état primaire, qu'il a jamais trop évolué. Et puis comme évidemment plus les années passent plus le chiffre augmente, ça fait un jeu de pistes pour ceux que ça intéresse. Je fais plein de jeux de pistes comme ça dans les disques, je me demande à quoi ça sert, mais peut-être qu'il y en a que ça intéresse. Moi ça m'intéresserait en tout cas. Et donc après, c'est en 1996 que j'ai monté le label. C'est une raison toute con, c'est que j'étais jeune, et j'avais déjà fait deux albums, non j'avais fait deux 45, et j'en avais d'autres de prévus qui devaient sortir sur d'autres labels, et je me suis dis, « mec, ça durera pas ». T'as 16 ans, t'as 17 ans, je sais plus quel âge j'avais, et je me suis dit, « c'est parce que t'es jeune qu'ils sortent tes disques, pas parce qu'ils aiment tes chansons », donc je me suis dit, méfie toi. Donc j'ai mis tout le blé que j'avais de coté, et j'ai monté mon label et puis il y avait des trucs qui me plaisaient chez des gens qui ne sortaient pas de disques, et je me suis dis que moi j'allais les sortir.
Comme un petit coup de pouce...
Oui, enfin en même temps, j'avais pas des grandes épaules pour donner un coup de pouce... En plus ça m'apprenait aussi à voir ce que ça pouvait faire que d'être dans l'autre rôle, donc ça m'appris après à savoir mieux appréhender les tracas que peuvent avoir un label par exemple. Donc maintenant j'arrive mieux à les rassurer. Quand un label me propose un truc et qu'ils flippent, je comprends. Et puis maintenant ça me sert à sortir des disques.
Quelqu'un frappe à la porte...(Un type de l'entretien qui vient faire un peu de ménage. Kim lui propose de l'aider, mais il refuse poliment). Quelques minutes plus tard... Donc, je disais que ça me sert à sortir des disques. D'ailleurs la personne qui m'a accompagné là, je vais lui sortir un disque dans pas longtemps, il s'appelle Paco Volume, et sinon ça sert aussi pour que des fois je sorte des disques un peu en marge des autres disques que je peux faire, comme c'est le cas de celui que je viens de te passer là, qui est un disque avec du synthé. Ca paraît un peu prétentieux comme mot, mais c'est mes recherches personnelles. Mes essais, comme on pourrait dire en bouquins, mais c'est pas ça. Mes reportages, voilà. Des idées que je mets comme ça, où je cherche un truc, et puis après ça fait un disque.
Quels sont les groupes qui ont marqué les différentes étapes de ta vie, enfance, adolescence, lycée etc., jusqu'à maintenant ?
Ah oui, ça je crois que peux arriver à
en faire une synthèse... Quand je pense gamin, ce qui me
donnait envie d'allumer la radio, c'était Video Killed the
Radio Stars, des Buggles, et je voulais choper ce morceau, l'entendre.
Ensuite, juste après, j'ai découvert Madonna. Et donc
là, j'essayais d'ouvrir le poste radio pour entendre Madonna.
Mais il s'avère qu'on la voyait aussi à la télé.
Le deuxième truc un peu marquant pour moi, c'est que j'ai
donc allumé la télé pour voir de la musique
ensuite. Pour en écouter et voir des clips. Et par ce biais
là, j'ai commencé un peu à me dire, tiens moi
j'aimerai bien être Madonna plus tard. Et le problème,
c'est que je me suis rendu compte que j'étais pas une fille.
Ça, ça m'embêtait. Je me disais, merde comment
je vais faire, il va falloir que je trouve un stratagème.
Et après, heureusement est arrivé Robert Smith, avec
un clip en 85 de the Cure, et là ce que je me suis dit, c'est
que j'aimerais être Robert Smith finalement. Et manque de
peau, moi je savais pas trop jouer de la guitare, je faisais de
la batterie. Et après j'avais découvert les Who, alors
je me disais, plus tard, je serais peut-être Keith Moon alors.
Et en plus il avait une coupe au bol plus ou moins... Et après,
quand j'ai commencé à faire des disques etc., eh bien
pas Beck, contrairement à ce qu'on pourrait penser, souvent
on a dit ça, parce que ce que je fais est paraît-il
assez éclectique, du moins les couleurs musicales changent
un peu, je ne sais pas si tu as entendu quelques trucs ou pas, mais
c'est vrai que c'est pas toujours rock ou toujours balade, et donc,
c'est pas du tout Beck, ce serait plutôt les Beatles et la
Mano Negra, parce que le dénominateur commun chez eux c'est
quand même ça. Musicalement c'est jamais pareil, et
j'adorais écouter un disque et passer d'une ambiance tout
le temps différente de l'une à l'autre. Et les deux
pour moi comme ça, c'était le double blanc, auquel
tout le long il y avait un coup un rock, un coup une balade, un
coup un truc au piano, la fois d'après, un morceau de blues
hyper dur, un morceau presque hard rock, un morceau presque ska,
un truc balloche etc, puis putasiver ? de Mano Negra qui était
exactement pareil, même les langues étaient jamais
les mêmes, il y en avait quatre en tout je crois, espagnol
anglais, arabe, français, ça faisait pas mal quoi,
et moi j'aimais bien. Donc c'était plutôt ça.
Après, quand j'ai commencé à faire des trucs
qui étaient tout le temps plus ou moins différents,
un peu électronique, des fois balade, des fois rock, je me
suis dit, ah, tiens, Beck, et j'ai découvert, et bon, c'est
vrai qu'il a ce côté là, mais bon, il avait
pas certains trucs que j'aime bien. Disco et tout ça, ça
n'y était pas par exemple. Et puis Cure était un groupe
très éclectique aussi, donc je me suis dit, tiens
je ferais bien un truc plutôt comme ça, et puis ça
tombait bien, j'étais en train de faire des trucs qui « s'entendent »
c'est à dire un peu sortie de disque et tout, et après,
l'étape, encore une autre, ce serait Palace Brothers, ou
Will Oldham si on préfère, parce qu'il y avait
des... C'est con à dire, mais il y avait des accord à
3 sons, et moi jusque là, j'en faisais à 2 sons. Je
trouvais ça très pauvre, mais je savais pas comment
il fallait faire autrement. Et là avec Palace, bien je me
suis dis, ah bah oui, c'est vrai qu'on peut faire ce genre d'accords
aussi, très simples, et après, après avoir
découvert Palace, ce qui m'a vachement troublé aussi,
c'était Neil Young, dans le coté n'en avoir rien à
cirer, faire ce qui lui plait, quand il lui plait, et là
je me suis dit, mec, si y'a des mecs qui font ça, t'as intérêt
à le faire aussi, et à pas te poser 20 000 questions,
et si ton prochain disque c'est de la musette, tu le feras. J'aimais
bien le côté assumé de ce mec là. Hyper
assumé tout le temps, et ça j'adorais. Et enfin, un
autre truc important, c'était Daft Punk, pour le côté
énormément dansant et tout ça, j'avais jamais
vu un truc pareil, ça, ça m'a marqué. Et très
récemment, les White Stripes, pour des raisons encore de
notes, c'est à dire des gammes de blues, j'avoue que je m'y
étais pas encore intéressé jusque là,
et ça se sent pas encore beaucoup.
La question la plus bizarre qu'on ait pu te poser en interview
C'était à France Culture il y a deux
ans, ça m'a vachement marqué. Et un mec me dit, -
le mec qui tient l'émission, et j'ai rien contre lui, mais
il y a eu erreur de casting total, il me dit "c'est quand même
génial de faire des disques pour que les gens les écoutent
pas". Il me dit, "ça c'est vraiment super, qu'est-ce
qui te fait adopter cette méthode lo-fi, de choisir d'avoir
aucun moyen pour enregistrer des disques" et là je lui
ai dit, c'est pas un choix de ma part, parce que j'étais
que sur des petits labels, donc forcément, il y a pas beaucoup
de moyens, et je lui ai dit, ben non, je trouve pas du tout ça
bien comme situation, et lui surenchérissait tout le temps
à dire, quand même "d'ou vient ce choix."
Il n'y a pas de choix, c'est comme si tu allais voir un clodo dans
une rue et que tu lui disais "c'est génial tu vis pas
dans une maison, c'est vraiment courageux" mais c'est pas courageux,
ça n'a rien à voir avec, c'est juste un hasard, entre
pas de chance, et en même temps, c'est pas grave, j'ai quand
même fait avec les moyens du bord. ça c'était
la plus bizarre des questions, parce que le mec il avait quand même
un paquet de documentation, parce qu'on avait préparé
le truc, j'avais envoyé des disques, il me connaissait depuis
longtemps, il m'avait vu en concert en 95, et il me sort ça.
Et j'avoue que je suis pas spécialement à prendre
mal les choses, surtout en interview, parce que j'en fais d'abord
pas si souvent que ça, et puis quand on en fait, je trouve
ça très gentil qu'on puisse me permettre de dire des
trucs, parce que je pense pas que la musique que je fais soit assez
bonne pour se passer d'encadrements tels que une interview, c'est
toujours bien pour moi de pouvoir un peu accompagner le disque qui
sort de quelques explications, c'est con, mais il se suffit pas
à lui-même, malheureusement. J'aimerais bien, mais
c'est pas le cas. Et là, c'est la première fois que
j'ai été autant vexé. Et en plus en plein plateau
comme ça, en direct sur France Culture, je me faisais une
joie d'y aller, et là, c'était pas à propos
du tout. Je voulais pas m'énerver, mais ça m'a piqué
à des endroits que je déteste, c'est à dire,
la bourgeoisie, tout simplement. ça m'a rappelé en
fait une fois, je sais plus trop ce qui s'était passé,
mais une période de ma vie où j'avais plus un rond,
je m'étais acheté des fringues de merde, et quelqu'un
me dit, putain c'est génial, tu es habillé comme un
clodo, c'est super, où est-ce que t'as trouvé ça"
Et pour moi ça me faisait penser à ça, c'est
à dire que des fois il faut juste fermer sa gueule en fait,
avant de dire des trucs, parce que c'est hyper blessant. En plus
- je lui ai dit hors antenne, je passe quand même des années
de ma vie à envoyer des disques, des machins, des merdiers
à des labels qui me filent des ronds. Quand ils me filent
des budgets ridicules, je fais quand même les disques, parce
que j'ai besoin de les faire et que de toute façon c'est
ma vie de faire ça, et que je fais pas autre chose, et l'autre
me balance, "putain quel choix artistique de refuser de vendre
des disques de refuser tout en bloc, c'est bien, c'est alternatif",
j'étais malade. Je me suis dit, c'est pas possible, il faut
que je fasse le voyage jusqu'à Paris pour entendre des phrases
aussi con. J'ai dit dans le micro, je peux pas cautionner ça,
c'était à la fois bourgeois, et ça m'a fait
penser à un espèce de racisme de l'exotisme presque,
c'est à dire, les touristes qui trouvent géniaux les
autochtones dans la merde dans un pays défavorisé,
qui font, putain, c'est vraiment super, le mérite qu'ils
ont. Avec cette espèce de notion de mérite que je
peux pas blairer qui est hyper chrétienne et tout, et je
me rappelle, c'était le truc le plus bizarre, ouais, hyper
désagréable, et en même temps, je lui en veux
pas, parce qu'il m'a quand même invité. Ce que je trouve
le plus nul dans l'histoire, c'est que si il a pensé ça,
ça doit forcément être un peu de ma faute, et
ça, ça m'a vraiment foutu les boules. Je me suis dis,
bon, je dois mal faire comprendre les choses, ça va pas du
tout. C'est aussi un peu pour ça que j'ai démarré
le blog. Je voulais aiguiller un peu, parce que c'est vrai qu'on
peut pas forcément savoir sur quel pied danser. J'encadre
pas assez, j'ai pas assez de repères, j'ai pas la tête
à ça forcément... Je suis plus occupé
par des histoires de faire bien ou pas la musique, le mieux que
je peux etc. Trouver mes dates, et faire mes cachets en gros, donc
je pense pas toujours à tiens, qu'est-ce qu'ils vont en penser
les gens, et des fois ça me joue des tours, d'où le
blog. Il fallait trouver un truc.
En lisant ton blog, justement, même si
ça n'a plus rien à voir avec la musique, j'ai crû
comprendre que tu étais plutôt contre les religions,
pour quelle raison ?
Je suis pas anti-religion, je suis anti-déiste,
pour être vraiment clair. D'ailleurs, il y a un morceau qui
s'appelle comme ça, sur le disque que je t'ai passé.
C'est un truc dont j'aime pas trop parler, parce que je me dis que
c'est pas intéressant, et pourtant j'ai des amis qui me disent
parles-en dans des morceaux, donc j'en ai fait très peu qui
parlent de ça, et qui parlent surtout de toute la globalité
de la chose, c'est con à dire, mais je suis contre l'idée
d'un dieu ou d'un maître. Donc après, j'ai pas de crête
sur la tête, mais bon aujourd'hui, c'est vrai que j'arrive
à quelque chose qui peut se faire remarquer, c'est vrai que
j'ai un badge d'une fédération libertaire, enfin un
autocollant sur ma valise, parce que c'est des convictions politiques
que j'ai, mais j'ai pas de place dans ce que je fais musicalement
pour le montrer, enfin en tout cas, mis à part dans l'album,
y'a un morceau qui s'appelle Black flag, mais j'ai pas la place
pour dire, et puis en plus, pour qui je me prendrais à dire,
d'après moi, il faudrait pas voter pour ça, c'est
pas mon rôle, mais de temps en temps, c'est vrai que ça
m'énerve tellement, étant donné que ça
fait partie de comme je conçois les choses. J'ai pas de patron
dans la vie, c'est sûr, et y'a personne qui me dit de faire
ce que j'ai à faire. Et au pire des cas, quand je fais des
choses avec des gens, mettons que ce soit des labels, j'insiste
bien sur un truc, c'est qu'on fait les choses ensemble. Tu n'es
pas mon patron, tu ne le seras jamais, je ne suis pas ton artiste,
tu n'es pas mon mécène, on fait un truc ensemble,
et on le fait ensemble, vraiment. Il y a mon nom qui sera marqué,
peut-être plus gros que le tiens, parce que c'est des conventions
discographiques, mais, on l'aura fait ensemble, et je supporte pas
les rapports... j'aime pas la hiérarchie. Je déteste
ça. Je déteste le déisme, je suis pas chrétien,
je suis carrément anti, à fond. Et puis la religion
chrétienne, en fait, pour être clair, c'est peut-Ítre
celle que je déteste le plus, parce qu'on est dedans. Si
j'étais dans un autre pays ce serait peut-Ítre autre chose,
mais pour moi, en tout cas, c'est la pire, enfin en tout cas de
ce que j'en connais. Enfin en France en tout cas. Après il
y a beaucoup de discours, sur l'histoire et tout, mais moi je trouve
que ce qui fout la merde, c'est le christianisme. Après c'est
un avis... Même si ça choque, je m'en fous d'ailleurs.
En tout cas moi mon avis, c'est le christianisme le problème.
Alors après, qu'effectivement, il y ait des islamistes qui
soient un peu durs et qui veulent beaucoup de mal au monde occidental,
il faut aussi comprendre que quand même, mis à part
les chiffres, qui sont, plus ou moins issus du monde araméen
en tout cas, la civilisation mondiale, d'une manière générale
est chrétienne qu'on le veuille ou non, et c'est une religion
à mon avis dangereuse. Je crois que c'est Nietzsche qui disait
que Dieu c'est le diable, et vraiment, je crois que c'est très
grave cette religion ; après, je connais pas les autres,
donc je peux pas en parler, mais du peu que je connais, je vois
les effets quasiment sur tout, c'est à dire que, la moindre
personne qui à l'instant vient d'essayer de passer l'aspirateur,
t'as vu, je lui ai demandé si il voulait un coup de main
ou pas, mais lui ne peut pas tellement il est ancré dans
une dynamique de mérite, qui est typiquement un truc judéo-chrétien,
c'est à dire que c'est vrai que si jamais on l'aide, lui
n'aura pas forcément mérité son salaire, et
au pire des cas, peut se faire engueuler par son patron, chose dont
j'ai 1. rien à foutre, et qui 2. qui ne justifie en ri en
le passage de l'aspirateur ou pas et 3. qu'on peut pas vraiment
lutter contre lui, et mÍme lui, aurait l'impression en disant ça,
que peut-Ítre quand j'ai dit ça, j'essaie de passer au dessus
de lui. Donc tous ces problèmes de hiérarchie, de
mérite, de honte aussi, la honte c'est quand même un
truc hyper religieux, d'avoir l'impression qu'il y a quelqu'un qui
nous regarde et qui nous juge dans les moments au pire des cas masturbatoires,
et encore, quand je dis au pire des cas, non même pas, ça
pèse toute la sexualité, toute la sensualité
entre les gens, ça fait des énormes problèmes
de honte, et de mérite. Et après, musicalement, je
le ressens aussi, parce qu'il y a plein de gens qui achètent
les disques que je fais, et je sais que la plupart le font pour
une raison de mérite, c'est à dire que en gros, comme
j'en ai fait beaucoup, et que soit disant, j'ai un peu l'image d'avoir
un peu "galéré" etc., ce qui d'ailleurs
est peut-Ítre le cas, mais ça n'a pas d'importance, c'est
pas parce que à des moments j'ai eu des concerts difficiles
ou pas, que on doive acheter mes disques. Je ne veux pas que ça
transparaisse. Et là, dans le cadre de cette émission
radio, c'était tout à fait ça. Le mec m'a invité
comme un sacrifié, et j'ai horreur de ça. Et d'ailleurs
le rock n'roll, dans le milieu rock n'roll, le christianisme est
très important, notamment avec, déjà, le culte,
parce que c'est important d'être culte quand même, la
scarification, c'est aussi du culte. Donc il y a deux sortes de
culte, mais il y a celui-là aussi, et bien sûr le sacrifice.
Et avec Kim is dead, c'est aussi ça. C'est à dire
que moi je suis vraiment pas assez connu pour Ítre un sacrifié,
et ça me fait rire du coup de faire le sacrifié, parce
que ça se voit maintenant à quel point c'est idiot.
Moi ça me fait rire en attendant. Ce truc du sacrifice, ça
m'emmerde le maudit... ça j'aime pas, et c'est des trucs
que nous ont inculqué la religion d'après moi. C'est
pour ça que je suis contre. Mais après, je suis effectivement
contre l'argent, mais j'en gagne quand même. Après,
c'est ma vie, et la manière que j'ai de l'opérer,
c'est que ce que je gagne, je le gagne que grâce à
moi. Déjà ça commence comme ça, et je
ne courre pas après, en fait, je fais dans l'autre sens,
parce que j'ai aussi lu des bouquins là dessus qui m'ont
à mon avis, on doit donner une marche à suivre, la
mienne en tout cas. C'est des bouquins de bob black, je sais pas
si tu connais, l'abolition du travail, c'est des trucs hyper perso,
et dont je ne parle pas parce que c'est ambigu et qu'on pourrait
en parler 8 heures, et qu'a la fin les gens diraient t'as tort etc.,
mais lui préconise qu'on essaye de faire du ludique plutôt
que du travail. Et que ça rapporte beaucoup plus d'argent
de faire du ludique de toute façon, et que ça donne
vachement plus envie d'en dépenser aussi. Donc la solution
économique, ce serait d'abolir le travail au profit du ludique.
Depuis que je suis ce précepte là, ça va mieux
économiquement (rires), donc je me dis qu'il a sûrement
pas tort. Oui, après je serai pas alter-mondialiste ou quoi,
je trouve ça con, donc c'est pas mon truc. Mais la minorité
de gens qui croient à bob black ou à ce qu'il dit
ou à pierre carl ? qui a fait un film dessus danger travail
etc. On est pas nombreux, en France on doit être 200 ou 300.
C'est pour ça que j'en parle pas, c'est une minorité
pas très importante. C'est hallucinant de parler de politique
aujourd'hui, j'en parle jamais, en plus c'est un sujet lourd, et
c'est un sujet que je crois que en parler ne sert à rien.
En tout cas, pour ma part, je suis pas libertaire. Tu sais, il y
a plusieurs anarchismes etc, j'en parle jamais, j'ai plein d'amis
qui ne savent pas du tout... ils savent ce que je vote, je vote
vert, parce que d'après moi, c'est ce qui se rapproche le
plus de ce en quoi je crois en tout cas, et donc surtout pas Besancenot,
qui d'après moi est stalinien, vraiment. Donc ça,
je peux pas supporter de voter pour un mec pareil. Et en tout cas,
il y a beaucoup d'anarchismes différents, et ce à
quoi je crois en tout cas, ne fait pas partie de ce qui est à
la mode en France. Là je crois que depuis 10 ans c'est très
anarcho-syndicaliste. Il y a eu une mode libertaire en tout cas,
et je suis ni libertaire, ni anarcho-syndicaliste, je crois pas
au travail, donc je peux pas être ni pour l'un ni pour l'autre.
J'ai quand même des amis dans cette branche là, mais
on en discute très peu, vu qu'on est pas d'accord. J'ai des
potes dans le milieu anar, pas avec des crêtes, parce que
ceux là, ils me soulent, c'est caricatural, enfin j'aime
pas, mais des mecs qui sont beaucoup dans des milieux associatifs
etc. et qui moi me soulent en fait, parce qu'ils ont un tabou vis
à vis de l'argent qui est très fatigant, et que moi
j'ai pas en tout cas, et eux, ils m'auraient tué, que je
vienne jouer là, ils m'auraient dit, mais ça va pas
ou quoi, ce à quoi j'aurais répondu, mais ça
n'a rien à voir les gars, mais arrêtez quoi. Non je
vais venir, et je vais chanter black flag, merde. Et de toute façon,
j'ai pas besoin de militer, mon avis on s'en fout, je m'inspire
pas non plus d'un truc Léo Ferré, j'adore ce qu'il
fait, mais c'est pas d'actualité, je suis pas Léo
Ferré, enfin voilà. Je fais ma vie comme moi je l'entends,
et si il y a bien un truc que par contre j'adopterais des trucs
libertaires, pour parler de ça, c'est la première
fois que j'en parle en interview, je me rappelle d'un truc, une
doctrine qu'il n'y a pas dans les autres anarchismes, qui sont tous
énormément revendicatifs, c'est que normalement le
libertaire, d'après ce que j'ai compris, doit vivre sa vie,
et surtout pas emmerder celle des autres. C'est la grande différence.
Il est pour la liberté, donc il va pas dire à quelqu'un
soit libertaire. C'est incohérent. Et à ce niveau
là, je suis d'accord. Comparativement, je sais pas, aux naturalistes
et tout ça qui font chier avec l'eau etc., il y en a plein
de courants, mais là je suis d'accord. Je fais les choses
comme bon me semble, et la plupart des amis que j'ai sont plutôt
socialo, et ça me dérange pas, alors que pour moi
le socialisme, c'est le christianisme. C'en est pas loin. Le côté
comme ça, donner pour du social, et tout, je suis pas du
tout là dedans. Je serais plutŮt individualiste au contraire,
mais c'est mal vu...
La décision qui ait changé le cours de ta vie
Après plus d'une heure de discussion, je
m'en allais le coeur léger, confortée, si besoin était,
dans mes propres convictions. Il était tout à fait
possible de vivre de et pour sa passion, j'en avais eu la preuve.
Le tout étant d'y croire et de s'en donner les moyens. Tout
est question de confiance dans la vie.
No. I mean I don't know. I don't want to think about it or else I might get nervous.
Propos recueillis par Sandrine Kattoor
Pour plus d'infos :
http://kimformation.free.fr
http://www.myspace.com/kimdanslordi
http://www.leblogdekim.blogspot.com
Words Collected by CB.
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